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La Mère Auberger de Paul de La Boulaye

Elève de Bonnat, La Boulaye a exposé au Salon depuis 1873 des sujets religieux (David, Martyre, Adoration des bergers) auxquels il donne une coloration régionaliste d'abord bressane (Au sermon, souvenir de la Bresse, 1879) puis bourbonnaise à partir de son mariage à Moulins (Le baptême bourbonnais, 1884). Cette orientation vers des références régionales le rattache au courant de peinture à thèmes paysans qui naît sous la Seconde république (Salon de 1850 dit « Salon paysan ») et qui évolue, dans la seconde moitié du XIXe siècle, vers une forme d'académisme exaltant des valeurs de travail, d'économie et d'ordre moral auprès d'un public bourgeois et citadin.

Dans Le baptême de l'orphelin (musée Anne de Beaujeu, Moulins), la touche régionale est donnée par la présence de la vieille femme assise, sur la droite du tableau, vêtue du costume et du chapeau bourbonnais. Ce personnage doit être rapproché de La mère Auberger, présenté au même Salon de 1884. La Mère Auberger est un portrait de femme âgée, vue de profil, assise sur une chaise, le regard perdu dans le vague, peinte dans des tons terreux, autant d'éléments qui ne sont pas sans rappeler la célèbre Mère de Whistler (1872). Mais La Mère Auberger, avec son costume et son chapeau bourbonnais, manifeste surtout un intérêt nouveau de La Boulaye pour une représentation purement régionaliste, sans argument religieux, où l'intérêt essentiel est concentré sur la peinture d'un costume et d'un type physique locaux.

La mère AubergerLa mère Auberger

LA MERE AUBERGER

Paul de La Boulaye (Bourg-en-Bresse 1849 - Moulins 1926)Musée Anne de Beaujeu (Moulins).
Inv. 11.4.1
1884
Huile sur toile - H : 127 cm - Long : 95 cm

On dispose d'une abondante iconographie du costume régional à partir du Second Empire. La représentation du costume local prend, au tournant du XXe siècle, le caractère de relevés ethnographiques. En Bourbonnais, l'attention a surtout été attirée par le chapeau qu'on qualifie de chapeau à deux bonjours, en raison de sa double visière, à l'avant et à l'arrière. Porté avec le costume de fêtes ou de ville, dans la région moulinoise, il n'est attesté de façon assurée qu'à partir du deuxième quart du XIXe siècle (Alex. Dumas, Voyages dans le Midi de la France, 1834 : « le bonnet en cor de chasse des paysannes de la contrée » ; Abel Hugo, France pittoresque, 1835 ; Achille Allier, L'Ancien Bourbonnais, Atlas, avant 1838). Plaisamment reproduit par les artistes romantiques à tout propos et souvent bien en dehors de son aire réelle d'usage, il devient au cours du XIXe siècle un accessoire indispensable de l'imagerie bourbonnaise. De la même façon, le chapeau bressan (probable dérivé de la houppe espagnole et venu de Franche Comté) n'est attesté avec certitude en Bresse, qu'à partir de 1718 mais devient, au XIXe siècle, un élément de l'identité de la Bresse méridionale. L'usage de ces coiffures locales a cessé au début de la Troisième République : le port du chapeau bressan disparaît vers 1870 et dès 1877, on écrivait à propos du chapeau à deux bonjours : " ce joli couvre-chef.. ; ce modèle séculaire, qui abritait jadis tant de frais et riants minois, se retrouve à peine aujourd'hui sur quelques vieilles têtes de grands-mères arriérées qu'on regarde avec une curiosité moqueuse » (in : Bonneton, Bulletin de la société d'émulation du Bourbonnais, 1907).

La Boulaye commet donc un anachronisme volontaire en coiffant sa Mère Auberger de ce chapeau, tout comme il en a commis un semblable en représentant ses Marchandes de volailles en Bresse (1880) portant le chapeau bressan. De plus, La Boulaye a représenté La Mère Auberger avec son chapeau tandis qu'elle mange sa soupe dans sa cuisine, ce qui est une seconde invraisemblance. A partir de là, l'intention du peintre est claire : La Mère Auberger campe une allégorie de la Tradition, incarnée par une femme âgée, consommant une soupe de légumes typiquement paysanne et portant l'accessoire vestimentaire le plus identitaire. Ainsi ce portrait exprime-t-il à sa façon la nostalgie et les inquiétudes que font naître, en cette fin de XIXe siècle, l'ébranlement du monde rural et l'annonce de la « fin des paysans » : « Les dieux s'en vont, les rois s'en vont, les grands s'en vont... mais prenons garde, les paysans s'en vont aussi, les paysannes surtout » (Bonneton, 1907).

Le baptême de l'orphelinLe baptême de l'orphelin

LE BAPTEME DE L’ORPHELIN

Paul de La Boulaye (Bourg-en-Bresse 1849 - Moulins 1926)Musée Anne de Beaujeu (Moulins)
Inv. 26.5.1
1884
Huile sur toile - H : 98 cm - Long : 130 cm

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